Les aliments que nous consommons contiennent des nutriments et des composés bioactifs qui jouent un rôle crucial dans notre santé.
Afin de promouvoir une alimentation équilibrée, de prévenir les maladies chroniques et de répondre aux besoins de la population, des recommandations nutritionnelles générales sont proposées par des organismes de santé publique comme Santé Canada. Le Guide alimentaire canadien en est un bon exemple.
Plusieurs facteurs font toutefois en sorte qu’on ne réagit pas tous de la même façon aux aliments que l’on consomme. On parle alors de variabilité interindividuelle.

Comment notre génétique influence nos réponses à l’alimentation
La nutrition de précision propose d’aller au-delà des recommandations nutritionnelles générales pour mieux tenir compte de la diversité des réponses observées entre les individus lors de la consommation de différents aliments.
La nutrition de précision permet de développer des recommandations nutritionnelles adaptées et plus efficaces pour améliorer la santé des individus et des collectivités. Ces recommandations tiennent compte de plusieurs facteurs, dont:
- Notre génétique
- Nos habitudes alimentaires
- L’horloge biologique qui signale notamment quand se lever et se coucher
- Notre état de santé
- Nos caractéristiques socioéconomiques et psychosociales, par exemple l’âge et le stress
- Notre environnement alimentaire
- L’activité physique
- L’ensemble des microorganismes qui habitent notre corps, aussi appelé microbiote
La nutrigénomique est la discipline qui étudie comment le bagage génétique influence la manière dont le corps réagit aux nutriments et aux composés bioactifs présents dans les aliments. Elle constitue ainsi un pilier de la nutrition de précision, en contribuant à l’élaboration de recommandations nutritionnelles mieux adaptées aux besoins individuels.
Chaque personne a un code génétique unique composé de séquences d'ADN qui déterminent ses caractéristiques physiques et biologiques, comme la couleur des yeux, et bien plus! Ce code est comme une recette spéciale qui fait de chaque personne un être unique. Grâce à la génétique, on peut comprendre comment notre ADN influence notre réponse à l’alimentation et ainsi notre risque de développer certaines maladies.
Une bonne connaissance des gènes permet d’expliquer pourquoi des aliments ou nutriments sont plus bénéfiques pour la santé de certaines personnes que pour d’autres. C’est un peu comme découvrir la recette idéale qui permet d’optimiser notre santé.

Un exemple? La science derrière votre tasse de café
Des chercheurs de l’Université de Toronto ont examiné comment la consommation de café peut influencer le risque d'avoir une crise cardiaque, en fonction des variations dans le gène qui produit une protéine responsable de l’élimination de la caféine.
Ces variations dans le gène appelé CYP1A2 font en sorte que nous éliminons plus ou moins rapidement la caféine après avoir bu un café.
Ainsi, boire beaucoup de café augmente le risque de crise cardiaque chez les personnes qui sont porteuses d’une version du gène qui ralentit l’élimination de la caféine, mais pas chez celles qui sont porteuses d’une version du gène qui permet une élimination rapide de la caféine.
Mieux comprendre la variabilité interindividuelle qui modifie l’effet de la caféine sur la santé permettra à terme de préciser les recommandations nutritionnelles afin d’optimiser l’impact de l’alimentation sur la santé, tant au niveau individuel que pour des sous-groupes de la population.
En pratique, ça pourrait ressembler à quoi? Présentement, la limite quotidienne recommandée de caféine pour un adulte est de 400 mg par jour, l’équivalent d’environ 2 ou 3 tasses de café. En adaptant cette recommandation pour tenir compte du bagage génétique d’une personne, on proposerait plutôt ceci:
- Les personnes qui éliminent la caféine lentement devraient limiter leur consommation de café à 1 tasse par jour pour réduire le risque de crise cardiaque.
- Pour les personnes qui éliminent la caféine plus rapidement, boire jusqu'à 3 tasses de café par jour ne semble pas poser de risque pour les maladies cardiaques.
Un autre exemple?
Un peu comme le mauvais cholestérol, des niveaux élevés de triglycérides dans le sang sont associés à un risque élevé de maladies du cœur. Les suppléments d’oméga-3 sont reconnus pour réduire les niveaux sanguins de triglycérides et donc le risque de maladies du cœur, mais ce n’est malheureusement pas le cas pour tous. Une équipe de l’Université Laval a donc voulu comprendre pourquoi certaines personnes réagissent mieux que d’autres à la prise de suppléments d’oméga-3 qui proviennent des poissons gras.
Ces personnes sont appelées non-répondeurs, car leur corps n’a pas réagi comme prévu à la prise d’oméga-3. À l’inverse, ceux qui ont vu une amélioration de leur taux de triglycérides sont appelés répondeurs.
Des études plus poussées ont permis d’identifier des marqueurs génétiques qui influencent la réponse des triglycérides aux suppléments d’oméga-3. Sur la base de 31 de ces variations génétiques, un score de risque génétique a été élaboré. Ce score permet de prédire avec précision qui réagira favorablement aux suppléments (les répondeurs) et qui n’y réagira pas (les non-répondeurs).
Quoi retenir ?
En conclusion
Adhérer aux recommandations nutritionnelles générales, comme celles proposées dans le Guide alimentaire canadien, demeure fort pertinent et favorise la santé de la population.
La nutrigénomique permet toutefois, dans certains cas, d’adapter notre alimentation à notre bagage génétique afin d’optimiser notre santé. Proposer des habitudes alimentaires mieux adaptées aux besoins individuels et de sous-groupes de la population peut ainsi contribuer à prévenir certaines maladies et à optimiser la santé de manière ciblée. C’est un peu comme si chacun disposait d’une recette personnalisée pour bien manger et optimiser son potentiel de santé!









