Sommes-nous adaptés au contexte de vie où l’effort mental exigeant est omniprésent?
La réponse simple est non!
Au moment où les humains devaient chasser afin d’assurer leur survie, l’évolution de l’humanité semble avoir favorisé le développement de la force physique et de la puissance aux dépens des aptitudes mentales. Ce sont les plus forts physiquement qui ont eu plus de facilité à assurer leur descendance.
Les temps ont bien changé! Les humains déploient depuis longtemps des efforts considérables afin de réduire, et même éliminer, les tâches physiques exigées par le travail quotidien.
L’évolution dans le milieu industriel et de l'informatique fait en sorte que l’effort cognitif a largement remplacé l’effort physique dans la prise en charge des devoirs et tâches quotidiennes.
Travailler fort sans dépenser d’énergie
Vous avez peut-être déjà ressenti une intense fatigue après un effort cognitif exigeant et ainsi avoir l’impression d’avoir « travaillé fort ». Mais qu’en est-il de la dépense d’énergie imposée par ce type de travail?
Une recherche menée par nos équipes a voulu répondre à cette question en mesurant la dépense d’énergie d’étudiantes de l’Université Laval à qui on demandait d’écrire le résumé d’un article en 45 minutes. En comparaison à une période de repos d’une durée similaire, le travail mental d’écriture n’a augmenté la dépense d’énergie que de 3 calories (kcal).
Autrement dit, « travailler fort » mentalement, contrairement à « travailler fort » physiquement, n'augmente pas la dépense d’énergie.

Le travail mental augmente l’appétit?
Malgré son absence d’effet sur la dépense d’énergie, les apports en calories sont grandement augmentés après un effort mental exigeant. En effet, plusieurs études ont démontré que le travail mental augmente de 200 à 250 calories les apports en énergie mesurés dans le contexte d’un repas de type buffet à volonté.
Pourquoi ce surplus de l’apport calorique après le travail mental sans changement équivalent de la dépense d'énergie?
Les réponses suivantes sont parmi les plus plausibles:
- Nous sommes maladaptés à l’effort cognitif exigeant
- Le travail mental peut être stressant, ce qui peut stimuler notre appétit
- Le travail mental cause une variation du taux de sucre dans notre sang, ce qui peut, encore une fois, stimuler notre appétit
- L’effort cognitif exigeant génère un désir de récompense
Il est fort probable que toutes les réponses sont vraies, ou au moins potentiellement vraies.
Plus précisément...
Les travaux de recherche de nos équipes ont montré que l’effort mental provoque une augmentation du cortisol circulant, ce qui suggère un état de stress.
L’effort mental favorise également l’instabilité du taux de sucre dans le sang, un facteur qui peut influencer le contrôle de l’appétit.
De plus, les participantes de nos études ayant mangé davantage après avoir fourni un effort mental intense ont surtout mangé plus d’un aliment en particulier: le gâteau au chocolat. Cela suggère que la nourriture puisse servir de récompense dans ce contexte.
Globalement, cet ensemble de réactions défavorables suggère que nous sommes maladaptés à la stimulation causée par le travail mental exigeant.
Devrons-nous réviser le programme des activités d’apprentissage en milieu scolaire?
Trouver un bon équilibre entre l’effort physique et cognitif chez les jeunes à l’école apparaît comme un objectif souhaitable.
À cet égard, les travaux de la professeure Marie-Ève Mathieu de l’Université de Montréal méritent une attention particulière.
Cette équipe a observé qu’il est possible de prévenir l’excès calorique causé par un effort mental chez les jeunes en incluant une période d’exercice entre la fin du travail mental et la prise d’un repas.
Ces travaux, reproduits par d’autres chercheurs, montrent que l’inclusion d’activité physique à l’école produit des effets bénéfiques sur le bilan d’énergie chez les jeunes.
Et que devons-nous penser des jeux vidéo?
D’autres recherches menées par nos équipes ont évalué les effets d’une session de jeux vidéo chez des jeunes, un autre type de travail mental, sur les apports et la dépense d’énergie.
Sans surprise, la session de jeux d’une heure a légèrement augmenté la dépense d’énergie. Cependant, l’augmentation de l’apport en calories qui a suivi cet effort mental a largement dépassé l’augmentation de la dépense d’énergie qui y était associée.
Il convient donc de considérer la pratique de jeux vidéo comme une activité favorisant un excès de calories.
La pilule est-elle une meilleure solution?
Depuis plusieurs années, certains ingrédients comme le méthylphénidate, l’agent actif du Ritalin et du Concerta, ont été largement utilisés afin d’améliorer la capacité attentionnelle chez des enfants ayant un diagnostic de déficit d’attention.
Fait intéressant, un des effets secondaires les plus fréquents du méthylphénidate est la diminution de l'appétit. Ceci a donc mené certains chercheurs à considérer ce médicament pour la prise en charge de l’obésité.
Le pharmacologue pourrait même prétendre faire « une pierre deux coups » en aidant l'enfant à mieux gérer l'effort cognitif sans le pousser à manger davantage. Bien que ce scénario puisse apparaître désirable, la recherche actuelle ne semble pas être en mesure, du moins pour l'instant, de fournir une solution « clé en main » qui permette de bien réconcilier la gestion d'un déficit d'attention et le contrôle de l'appétit.
En fait, les chercheurs continuent à documenter les mécanismes pouvant expliquer l'effet coupe-faim causé par le méthylphénidate. Une attention toute particulière est accordée au risque de retard de croissance que la consommation de cet agent actif peut causer.
« Un esprit sain dans un corps sain »
Voici une expression vieillissante qui est encore d’actualité.
Pour une très grande majorité de personnes, il est peu probable que nous retournions au mode de vie physiquement exigeant de nos ancêtres. Par contre, maintenir « un esprit sain dans un corps sain » en favorisant un juste équilibre entre l’effort physique et cognitif reste essentiel.
Cet objectif est atteignable et prometteur, comme le révèlent nos travaux récents relatifs au concept de réunion active. Discuter, et donc effectuer un travail mental, tout en étant actif diminue la perception de stress et de fatigue sans nuire à la performance professionnelle!
Un mode de vie sain: une responsabilité sociale
En partant de l’idée que l’effort mental est là pour rester et qu’il occupe même de plus en plus de place dans nos vies, que faire sinon que d’accorder plus de place au mouvement et au plaisir de bouger.
C’est tout un défi qui nous touche individuellement, mais collectivement également, parce qu’il repose sur une reconfiguration profonde de nos modes de vie au quotidien.




