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Le plaisir de bien manger en famille : une responsabilité partagée ? 

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Dans sa plus récente version de 2019, le Guide alimentaire canadien (GAC) recommande de manger en famille et de limiter la consommation d’aliments hautement transformés riches en sodium, sucres et gras saturés. Le GAC souligne également l’importance de cuisiner davantage à partir d’ingrédients de base et encourage l’introduction de protéines d’origine végétale (p. ex. les légumineuses, le tofu, les noix) notamment pour réduire l’impact environnemental de nos habitudes alimentaires.  

C’est bien beau tout cela, mais concrètement, à qui revient la charge de planifier puis de cuisiner ces bons repas nutritifs et durables pour toute la famille? Est-ce que cette responsabilité est partagée ou non au sein de la famille?  

Voyons cela d'un peu plus près.  

Que signifie concrètement le partage des responsabilités familiales liées à l’alimentation?

Il s’agit d’un partage satisfaisant pour les deux parents et équitable des tâches en lien avec le fait de nourrir sa famille au quotidien. Ces tâches incluent la planification, les achats, la préparation, la cuisson, la consommation et le ménage qui suit les repas comme le ramassage, le nettoyage et la vaisselle.

Que disent les études sur le partage des responsabilités familiales liées à l’alimentation?

Les données montrent que les pères s’impliquent davantage depuis les dernières années dans les responsabilités familiales liées à l’alimentation. Cependant, en 2022 au Québec, les femmes consacraient en moyenne 1 heure de plus par jour au travail non rémunéré en comparaison aux hommes, ce qui inclut notamment les tâches domestiques, dont celles liées à l’alimentation.

Des études récentes menées dans des familles traditionnelles montrent que même si les pères savent cuisiner et que la saine alimentation est importante pour eux, les mères demeurent tout de même les principales responsables des tâches familiales liées à l’alimentation. Ceci est vrai même si les deux parents sont sur le marché du travail.

Qu’est-ce qui explique la présence de cette iniquité après tant d’années?

Un rôle social attribué à un genre (rôle masculin ou rôle féminin) est appelé « un écart lié au genre » ou « une iniquité liée au genre ». Un rôle social attribué au genre, qui est souvent inconscient, peut déterminer le comportement attendu en société de la gent masculine ou féminine.

Les responsabilités familiales liées à l’alimentation ont été pendant de nombreuses années sous l’influence d’un rôle social féminin, et c’est encore la femme qui porte de façon générale cette charge familiale, souvent de façon inéquitable.

Pourquoi est-ce important de modifier les rôles sociaux associés à l’alimentation?

Sachant que les repas reviennent plusieurs fois par jour, et ce, tous les jours de l'année, les iniquités liées au partage des responsabilités familiales en lien avec l’alimentation peuvent avoir des conséquences majeures sur la charge mentale et même la santé mentale du membre de la famille qui est responsable de ces tâches.

La charge mentale

La charge mentale est directement influencée par le nombre de tâches qu’une personne doit réaliser ou dont elle a la responsabilité. Ces tâches peuvent être associées à différentes sphères de la vie comme la famille ou le travail, peuvent se présenter en même temps et peuvent aussi être incompatibles.  

Les nombreuses tâches familiales liées à l’alimentation peuvent être la cause d’une charge mentale élevée quand c’est un membre du couple en particulier qui en est responsable. 

La santé mentale

La santé mentale correspond à la capacité de chacun de ressentir, de penser et d’agir pour profiter de la vie, pour faire face aux difficultés du quotidien et pour contribuer à la vie de sa communauté. 

Notre santé mentale est liée au stress et à l’anxiété que l’on vit, mais aussi à l’épuisement parental. Les recherches montrent que l’effet de l’épuisement parental sur la santé mentale touche surtout les mères. 

Les femmes qui vivent de l’insécurité financière sont plus vulnérables face à l’augmentation du coût de la vie, un facteur qui affecte la santé mentale.  

Avoir un enfant qui a des besoins alimentaires différents du reste de la famille en raison d’allergies ou de problèmes de santé augmente la charge mentale de celle (ou celui) qui porte en grande partie les responsabilités familiales liées à l’alimentation. De telles situations peuvent également avoir un effet important sur la santé mentale.  

 

 

Quelles sont les solutions?

Heureusement, il est possible d’atténuer la charge mentale entourant l’alimentation de la famille. On peut tous et chacun y contribuer au niveau individuel et familial, et des actions à l'échelle de la société peuvent également se montrer efficaces.

Voici des exemples de pratiques qui facilitent le « bien manger en famille »:

Au niveau individuel et familial

D’abord, il faut oser parler du partage des tâches et identifier celles liées à l’alimentation. Les moments calmes pour en parler sont à privilégier.

Chaque membre de la famille devrait s’engager à être responsable de ses tâches et les réaliser de façon autonome, sans avoir besoin de rappels. Les attentes doivent être claires et bien comprises de tous.

Enfin, on devrait prévoir une période de transition pour se réajuster au besoin en cours de route et intégrer les enfants au fur et à mesure qu’ils grandissent.

Au niveau de la société

En milieu scolaire 

Les programmes d’alimentation scolaire visent généralement à fournir à un grand nombre d’enfants d’âge primaire et secondaire un repas nutritif à l’école chaque jour. En plus de ces effets sur le portefeuille des familles, ces programmes allègent aussi la tâche quotidienne de préparation des boîtes à lunch! 

La bonne nouvelle? Une nouvelle Politique nationale d’alimentation scolaire a été annoncée en 2024 par le gouvernement fédéral. Une entente a d’ailleurs été conclue avec le Québec pour bonifier les programmes qui existent déjà dans la province.  

Dans les supermarchés 

Cuisiner davantage ne veut pas nécessairement dire cuisiner toujours et uniquement à partir d’ingrédients de base! 

Acheter des mets prêts-à-manger comme des lasagnes ou des « aides culinaires » comme les sauces pour pâtes déjà préparées permettent d’alléger la préparation des repas. Quand ils sont de bonne qualité nutritionnelle, soit faibles en sodium, en sucres et en gras saturés, ces mets sont des « raccourcis » intéressants qui permettent de diminuer la charge mentale tout en mangeant sainement.  

 

 

Le mot de la fin  

En somme, puisque le geste de manger revient plusieurs fois par jour durant toute l’année, soutenir l’implication des deux parents dans les responsabilités liées à l’alimentation de la famille permet de réduire les iniquités et la charge mentale quand elles reposent sur un seul membre du couple. De plus, des mesures sociales prometteuses (p. ex. dîners nutritifs gratuits à l’école, amélioration de la qualité nutritive des mets préparés à l’épicerie) peuvent contribuer à bien manger au quotidien tout en allégeant cette tâche pour les parents.

Bref, le plaisir de bien manger en famille est une responsabilité qui peut être réellement partagée!

Des sujets complémentaires à découvrir

  • Concilier la parentalité et le maintien d'une saine alimentation+

 

Rédigé par: Mylène Turcotte, Dt.P. et professionnelle de recherche, Laurence Laberee, Dt.P. et étudiante au doctorat en nutrition, Véronique Provencher, Dt.P. et professeure à l'École de nutrition, membres du Centre NUTRISS, Université Laval.

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